Le 25 juillet 2026, l’UNESCO a inscrit six médinas comoriennes sur la Liste du patrimoine mondial – une première pour l’archipel, qui n’avait jusque-là aucun bien classé. Le dossier distingue quatre cités de Grande Comore (Ngazidja) – Moroni, Iconi, Itsandra et Ntsoudjini – et deux cités d’Anjouan (Ndzouani) – Mutsamudu et Domoni. On vous emmène dans chacune de ces six villes : ce qui s’y trouve concrètement, ce qui les distingue les unes des autres, et comment les visiter aujourd’hui.
Une médina comorienne, qu’est-ce que c’est ?
Le terme “médina” désigne ici des cités-États bâties à partir du XIIe siècle le long des routes commerciales de l’océan Indien, à l’époque où l’archipel servait d’escale entre l’Afrique de l’Est, la péninsule arabique et l’Inde. Les six villes inscrites partagent une même grammaire architecturale : remparts de défense, palais et maisons de pierre, mosquées, places publiques (bangwe) et un lacis de ruelles étroites, parfois couvertes, où les portes sculptées marquaient le rang social des familles. La technique de construction est elle aussi commune à toute la côte swahilie : des blocs de pierre volcanique liés à la chaux obtenue en brûlant du corail. Ce socle commun n’empêche pas chaque ville d’avoir sa propre histoire – c’est ce qui justifie une inscription groupée plutôt qu’un site unique.
Contribution du Collectif du Patrimoine des Comores
Derrière cette inscription, il y a un travail de fond mené depuis une vingtaine d’années par le Collectif du Patrimoine des Comores (CPC), une association basée à Paris et présidée par Fatima Boyer, avec une présence de terrain à Anjouan, Mohéli et Grande Comore. Le dossier de candidature a été déposé à Paris en février 2025, remis par le président comorien Azali Assoumani à la directrice générale de l’UNESCO Audrey Azoulay – mais le travail de recensement, de documentation et de restauration en amont, c’est le CPC qui l’a porté sur le terrain. Retrouvez leur fiche sur Maskar pour suivre leurs actions de préservation.
Les six villes des médinas
Moroni (Ngazidja)

Médina de Moroni, Grande Comore, Comores © Radosław Botev – Wikimedia Commons
Capitale politique, économique et administrative de l’Union des Comores, Moroni est aussi le point d’entrée de la plupart des visiteurs sur l’archipel. Sa médina se reconnaît à ses portes sculptées et à l’ancienne mosquée du vendredi (Badjanani), bâtie en corail. Tout autour, le marché de Volovolo concentre épices, fruits et artisanat local – un bon point de départ avant de rayonner vers les autres médinas de Grande Comore. Nous lui consacrons un guide complet, avec accès et alentours (dont le volcan Karthala) : découvrir Moroni.
Iconi (Ngazidja)
À une quinzaine de minutes de Moroni, Iconi fut la capitale de Grande Comore avant que le pouvoir ne se déplace. Perchée sur un ancien promontoire volcanique dominant l’océan Indien, elle a conservé les ruines du palais Kavhiridjewo (XVIe siècle) – citerne, remparts, mosquée et tombeaux princiers – ainsi que les fortifications élevées par le sultan Sudjaoma Inkwaba pour se protéger des raids venus de Madagascar. Iconi se distingue aussi par le nombre de bangwe et de portes monumentales conservées dans son tissu urbain. Le site est associé à un épisode douloureux de l’histoire locale : le cratère du N’Gouni, où des femmes de la ville se seraient jetées à la mer plutôt que d’être capturées et réduites en esclavage – un lieu de mémoire qui se visite avec le recueillement que cela suppose, pas comme une simple curiosité.
Itsandra (Ngazidja)
Berceau de la civilisation swahilie à Ngazidja, Itsandra fut longtemps la capitale de l’île et abritait son premier port maritime. Avec Iconi, elle formait l’un des deux grands sultanats de Grande Comore avant la colonisation française. C’est la moins documentée touristiquement des quatre médinas de l’île – une bonne raison de la visiter sans la foule, en complément d’Iconi et Moroni.
Ntsoudjini (Ngazidja)
Ntsoudjini, aujourd’hui siège de la préfecture d’Itsandra-Hamanvou, complète l’ensemble des quatre médinas de Grande Comore inscrites par l’UNESCO. Comme ses voisines, elle partage l’architecture caractéristique des cités-États comoriennes – remparts, mosquées et ruelles resserrées – mais reste la plus confidentielle des quatre, avec peu d’information touristique disponible en français à ce jour : à envisager plutôt dans le cadre d’un circuit organisé qu’en visite libre pour l’instant.
Mutsamudu (Ndzouani)

Vue aérienne de la médina de Mutsamudu, Anjouan, Comores © David Stanley – Wikimedia Commons
Sur Anjouan, Mutsamudu est aujourd’hui la ville la plus visitée des deux médinas classées – et la plus documentée. Selon la tradition orale, elle doit son nom à un berger nommé Msa Moudou (“Moussa le Noir”), qui gardait au XVIe siècle le bétail du sultan de Domoni sur cette baie riche en pâturages et en eau. Elle devient capitale d’Anjouan en 1782, quand le sultan Abdallah Ier y transfère le pouvoir depuis Domoni. Pour protéger la ville, il la fait entourer de remparts surmontés d’une citadelle de 1 800 m², construite entre 1782 et 1790 – on peut aujourd’hui encore en suivre le tracé en se promenant dans la médina. À l’intérieur, le palais Ujumbe (850 m², fin du XVIIIe siècle) a servi de résidence aux sultans jusqu’en 1909 ; douze grandes maisons de pierre, certaines encore habitées, témoignent du même savoir-faire – blocs de lave assemblés à la chaux de corail brûlé. Les ruelles, très resserrées et par endroits couvertes, se visitent à pied, idéalement accompagné d’un guide local pour resituer les bâtiments.
Domoni (Ndzouani)
Sur la côte est d’Anjouan, Domoni fut la capitale de l’île du XIIIe au XVIIIe siècle, avant Mutsamudu – une ville royale fondée dès le IXe siècle, berceau des premiers sultans d’Anjouan. Sa vieille ville se divise en trois quartiers historiques : Maweni, Momoni et Haryamouji, ce dernier correspondant à la médina proprement dite, avec son lacis de ruelles parfois couvertes. On y trouve la mosquée Chiraz (Mkiri wa Chiraz), construite entre les XIVe et XVIe siècles, remarquable par ses deux mihrabs – une disposition rare, d’inspiration iranienne, qu’on ne retrouve pas dans les autres médinas comoriennes. Domoni abrite aussi le mausolée du président Ahmed Abdallah. Moins fréquentée que Mutsamudu, la ville se prête bien à une demi-journée en complément, à environ une heure de route.
Ce que ça change pour visiter les Comores
L’inscription ne transforme pas du jour au lendemain l’accès à ces villes : il n’existe pas encore d’infrastructure touristique dédiée comparable à d’autres médinas classées ailleurs dans le monde. Concrètement, cela veut dire que ces six villes se visitent encore comme des lieux de vie, pas comme des sites muséifiés – c’est aussi ce qui en fait l’intérêt aujourd’hui, avant que le classement ne change durablement la fréquentation. Les meilleures fenêtres restent la saison sèche (mai à octobre), les déplacements inter-îles se faisant en avion ou en bateau selon les liaisons disponibles au moment du voyage. Pour la préservation du bâti, le rôle d’associations comme le CPC devient d’autant plus central que l’attention internationale augmente.
En résumé
Six villes, une même histoire de cités-États swahilies et sultanales, six visages différents. Que vous partiez sur Ngazidja ou Ndzouani, ces médinas se découvrent à pied, au rythme de leurs ruelles. Pour aller plus loin sur le travail de préservation en cours, direction la fiche du Collectif du Patrimoine des Comores; pour préparer une étape à Moroni, notre guide complet de la ville est à consulter.